Prééminence exécutive sous la Ve République (2)
by Anthony Hamelle. Temps de lecture : almost 4 minutes.
- Billet n°1
Dans la Ve République, c’est autour de l’élection présidentielle que les Français se déterminent et que la vie politique s’articule. En 1962, Charles de Gaulle décida d’assurer aux institutions qu’il venait de donner à la France, et à la Constitution que Michel Debré avait imaginée, qu’elles survivraient à ceux qui les avaient portées sur les fonts baptismaux. De Gaulle, conscient de la légitimité historique dont il bénéficiait, ne ressentit pas le besoin d’obtenir l’onction populaire pour exister face aux partis politiques qui avaient pris l’habitude, sous les deux précédentes républiques, d’être au centre du jeu politique ; cette hypothèse fut également écartée pour d’autres raisons, à commencer par l’hostilité des parlementaires à l’endroit d’un rival capable de réunir entre ses mains une légitimité dont chacun n’en détenait qu’une once, facteur prolongé par la puissance électorale du PCF et de Maurice Thorez auxquels Charles de Gaulles ne souhaitait pas permettre de détenir la magistrature suprême. Les successeurs de l’auteur de l’appel du 18 juin ne bénéficieraient cependant pas d’une telle aura et il importait alors, à ses yeux, de leur permettre de prendre directement rang, au sens de la formule toute en contradiction de l’article 3 de la Constitution, au sein des représentants du peuple détenteur de la souveraineté nationale.
A peine l’annonce de la tenue d’un référendum fondé sur l’article 11 de la Constitution faite, les effets sur la vie politique française d’une élection présidentielle au suffrage universel direct, alors en devenir, commencèrent à se faire sentir. Le dépôt, puis le vote le 4 octobre, d’une motion de censure à l’encontre du premier gouvernement Pompidou, visait bien plus l’hôte irresponsable du palais de l’Elysée que celui, très exposé, de l’ancien hôtel Monaco[1]. Lors des élections législatives provoquées par la première dissolution de la Ve République, à ce jour la seule provoquée dans le plus pure tradition parlementaire, en raison d’un désaccord, en cours de mandat, entre les pouvoirs exécutif et législatif, les candidats à la députation définirent en effet leur position en fonction du Président de la République, en sa faveur, avec succès[2], ou à son encontre. Depuis lors, quelle que fut la consultation électorale concernée, présidentielle, législatives voire référendum, en raison du caractère plébiscitaire que ces derniers revêtent habituellement sous la Ve République[3], les électeurs ont toujours été appelés à se décider en fonction de la position du Président de la République, ce dernier étant le plus souvent soutenu par un bloc, la majorité présidentielle, et critiqué par l’autre, l’opposition. Les élections de 1969 et de 2002 qui virent s’affronter au second tour des candidats de la droite modérée ou extrême[4], constituent, dans ce schéma, des exceptions sans conséquences sur le fonctionnement d’ensemble du système : la gauche conserve depuis 2002, comme elle le fit de 1969 à 1974, le statut d’opposition, ce qu’ont récemment rappelé les consultations électorales de 2004 dans lesquelles c’est le parti socialiste qui a su capter le mécontentement des électeurs à l’égard du gouvernement de droite.
[1] Nom de l’hôtel Matignon à la fin du 18ème siècle, alors propriété du prince de Monaco. L’insondable Charles-Maurice de Talleyrand Périgord, qui occupa les lieux de 1808 à 1812, a en quelque sorte laissé de ses intrigues en héritage aux occupants de l’hôtel Matignon, résidence des chefs de gouvernements républicains depuis 1935.
[2] 233 des 482 sièges allèrent aux candidates gaullistes de l’UNR, le deuxième parti en sièges, la SFIO, n’en récoltant que 66.
[3] A l’exception notamment des référendums sur la Nouvelle-Calédonie du 06/11/1988 et sur la durée du mandat présidentiel du 24/09/2000 pour lesquels un consensus apparut entre les deux grands blocs politiques français. Le référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe du 29/05/2005 semble avoir été de nouveau pollué par des considérations externes à la question posée aux électeurs.
[4] Georges Pompidou et Alain Poher en 1969, Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen en 2002.

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