Grande coalition n’est pas cohabitation
by Anthony Hamelle. Temps de lecture : about a minute.
Dans l’éditorial de ce jour du Figaro, Pierre Rousselin oppose le soin apporté à la conclusion d’un accord de gouvernement entre la CDU/CSU et le SPD allemands à « l’improvisation brouillonne et stérile » que la France connaît en période de cohabitation. Les deux situations sont pourtant bien différentes.
Une période de cohabitation en France ne signifie pas qu’il faille partager le pouvoir entre l’Elysée et Matignon alors que le résultat des dernières élections allemandes impose de manière presque inevitable ce choix.
En cohabitation, le pouvoir quitte les mains du Président de la République pour s’offrir au Premier ministre qui conduit et dirige alors effectivement la politique de la nation. D’aucune manière on ne saurait prétendre que les détenteurs de légitimité opposées aient à s’entendre sur un quelconque programme de gouvernement, le Premier ministre de cohabitation étant à peu près libre dans la détermination de sa politique et, a maxima, quelque peu gêné par le Président de la République dans sa mise en oeuvre.
En revanche, en cas d’absence de majorité absolue d’un seul parti à la chambre basse, en France ou en Allemagne, les accords de gouvernement deviennent alors une figure imposée de la vie publique. La CDU/CSU et le SPD étant tenus de s’entendre et de coucher noir sur blanc un tel accord au même titre que le PS, Les Verts et le PCF durent parvenir à l’accord sur la gauche plurielle en 1997.
Saluons donc le système électoral français qui, bien qu’imparfait eu égard à la représentativité des courants d’opinion, permet l’émergence de majorités parlementaires claires et capables.

Très d’accord avec vous sur la faiblesse du système allemand que leurs dernières élections ont (re)mise à jour.
Le fait de voter sans savoir quel gouvernement va émerger des élections reviens un peu à voter à l’aveugle, et est presque sur le fond un déni de l’aspect national que revêtent ces élections, puisque dans le fond les électeurs ne font plus que choisir des représentants locaux, et pour la suite… advienne que pourra.
Le système français apparaît de ce point de vue plus clair.
D’accord pour dire que le système français permet d’avoir presqu’à coup sur une majorité à l’assemblée nationale. Mas notre « cohabitation » me parait bien plus perverse que la « grande coalition » des Allemands. En Allemagne les partis qui se coalisent par nécessité ont un accord de gouvernement tandis qu’en France, lors d’une cohabitation, le pouvoir se trouve partagé entre des dirigeants qui se combattent sans même avior pris le peine de définir entre eux les règles du jeux. Tout les coups sont donc permis, au détriment de l’intérêt général (souvenons de Chirac qui réclamait la redistribution d’une cagnotte imaginaire par « son » gouvernement. Si demain un ministre CDU ou SPD se permet un coup pareil, il y aura crise gouvernemantal et elle se tranchera probablement devant les électeurs)
Cher Pikipoki, les électeurs devraient en effet être en mesure de savoir, par avance, ce que leur vote signifie, notamment quant au nom du chef de gouvernement et plus encore quant au programme qui sera appliqué par celui-ci s’il son camp venait à être majoritaire au Parlement. On pourrait presque parler d’une aliénation – partielle – du droit de vote, pourtant fondamental, par les partis politiques, à l’instar de ce qui se passait sous la IIIe et la IVe République en France, ou en Israël et en Italie jusqu’aux réformes tendant à favoriser l’émergence de majorités – l’on peut d’ailleurs observer un inquiétant mouvement de balancier en Italie pour des questions de pure opportunité électorale…
Cher Sindelaar, à la différence de la « grande coalition allemande » entre CDU/CSU et SPD, la cohabitation française ne siginifie aucunement que les pouvoirs doivent être partagés entre un Président de la République et un Premier ministre en antagonisme partisan. En effet, un Président de la République désavouvé à l’occasion d’élections législatives se retrouve dénué de tout pouvoir décisionnaire ou normatif, la plupart de ses compétences étant liées par la Constitution. Un Président de cohabitation ne jouit en somme que de prérogatives largement reconnues au chef de l’opposition britannique par exemple: un large accès aux médias, le fait d’être « consulté » par le Gouvernement pour certains décisions et enfin une capacité de nuisance et d’obstruction dont usent et abusent la plupart des oppositions dans les régimes parlementaires. Si le Président peut gêner la prise de décision, il ne peut jamais l’empêcher. C’est ainsi que Jacques Chirac put faire passer par le biais de propositions de loi certaines mesures de déréglementation économique en décembre 1986 en dépit du refus de François Mitterrand de signer certaines ordonnances en Conseil des ministres. C’est également ainsi que Lionel Jospin put aller en territoires occupés dire du Hezbollah qu’il s’agissait d’un mouvement terroriste, contrariant ainsi la ligne diplomatique de l’Elysée sans que l’hôte de celui-ci ne puisse pour autant prendre des mesures institutionnelles – le congédier – à l’encontre de son Premier ministre de cohabitation.