De l’usage des chiffres en politique
by Anthony Hamelle. Temps de lecture : about a minute.
Pour signifier et soutenir leur opposition à la privatisation de trois sociétés détentrices de concessions autoroutières (Sanef, SAPRR, ASF), nombreuses personnalités politiques avancent quelques chiffres – une des rares données objectives dont ils pensent disposer – simples pour discréditer l’opération. Selon ses détracteurs, cette dernière ne devrait rapporter qu’environ 10 milliards d’euros à l’Etat alors que les dividendes que celui-ci recevrait s’il consentait à conserver ses parts dans les dites sociétés pourraient avoisiner les 40 milliards d’euros sur les 25 prochaines années.
Cet argumentaire, appuyé sur des chiffres, devrait, selon ses utilisateurs, à n’en pas douter faire mouche dans l’esprit des Français: 10 milliards est inférieur à 40 milliards. C’est néanmoins réduire ce raisonnement chiffré à une portion moins que congrue que de s’arrêter sitôt en chemin. En effet, personne n’imagine qu’un Etat bon gestionnaire des deniers publics déposera ces 10 milliards d’euros sur un compte à vue pendant 25 ans sans chercher à les faire fructifier. Ces 10 milliards pourront- selon l’expression consacrée – faire des petits s’ils sont bien employés à:
- Réduire la charge de la dette publique – qui s’élève aujourd’hui à 50 milliards d’euros par an – afin de faire économiser à ce poste budgétaire quelques centaines de millions d’euros chaque année; ou
- Doter les nouvelles Agence nationale de la recherche (ANR) ou Agence pour l’innovation industrielle (AII) de fonds qui permettront de stimuler d’importants relais de croissance; ou encore
- Abonder des contrats de plan entre l’Etat et les régions afin d’améliorer les infrastructures du territoire.
Les chiffres sont trompeurs, surtout en politique…
MàJ du 24/08/05: dans une interview au Figaro du 23/08/05, le député Hervé Mariton (UMP, Drôme), rapporteur spécial de la commission des finances de l’Assemblée nationale pour le programme budgétaire des transports autoroutiers, déclare, à propos des prétendues pertes de recettes futures, qu’une simple actualisation comptable sur 25 ans des 10 milliards attendus des privatisations en cours nous amène à dépasser les 40 milliards mis en avant par les détracteurs de l’opération…

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