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Qu’en est-il advenu de la présomption d’innocence?

by Anthony Hamelle. Temps de lecture : about 2 minutes.

C’est un débat récurrent que les sociétés démocratiques sont encore loin d’avoir réglé. A chaque poussée sécuritaire, nombreux sont les opportunistes à saisir les différents drames qui secouent des familles de victimes tombées sous les griffes de criminels avérés afin de séduire l’opinion publique, de répondre à l’appel du talion, de marquer des points médiatiques. Plus rares sont en revanche les personnages publiques à avoir l’audace d’affirmer que la réponse ne réside pas dans l’exact symétrie entre crime et châtiment, que les yeux de la victime ou de ceux qui partagent son fardeau n’offrent pas nécessairement le meilleur prisme pour décider de la solution que la République adoptera.

Nous revoilà aujourd’hui dans une telle et triste époque. Outre que certains ministres et hommes politiques foulent au pied le ciment humaniste de notre pacte social et républicain, c’est au traitement médiatique et populaire de la présomption d’innocence que l’on peut en juger ainsi.

Les deux personnes soupçonnées d’avoir assassiné Nelly Crémel sont aujourd’hui présentées comme les meutriers de cette dernière. Bien que des aveux aient été passés, je suis surpris de n’entendre dans la bouche imprudente et oublieuse des hommes politiques et des journalistes (de télévision essentiellement) que les mots « meurtriers », sans qu’aucune précaution, même de pure forme, ne soit prise à cet égard. Sans prétendre enquêter à la place des autorités policière ou instruire à la place des autorités judiciaires, je me rappelle néanmoins que la présomption d’innocence ne sert pas comme seul objectif la limitation des images que les médias peuvent diffuser de personnes qui n’auraient pas été condamnées définitivement. La présomption d’innocence nous impose d’attendre le prononcé du jugement avant que notre religion soit faite afin que les personnes accusées d’un crime aient eu l’occasion de faire toute la lumière, au cours d’une audience publique et contradictoire gouvernée par le principe de l’égalité des armes, sur les faits et leur éventuelle culpabilité.

L’histoire ne nous a-t-elle pas livrée de trop nombreux exemples d’aveux passés sous contrainte, d’élements de preuves manipulés, de dossiers constitués à charge…
Je ne prétends pas que cela se soit passé dans cette affaire, je rappelle simplement que l’histoire est vouée à se répéter sous les yeux de ceux qui l’auraient négligée, que la présomption d’innocence est vouée à écarter les dérives que notre République a définitivement conjurées.

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