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Le débat public serait-il réservé aux initiés?

by Anthony Hamelle. Temps de lecture : about 2 minutes.

C’est la question que l’on est en droit de se poser à la lumière du débat entourant la prochaine intervention de Jacques Chirac, jeudi 14 avril sur TF1, relative au traité constitutionnel européen et au référendum du 29 mai qui décidera du sort que les Français entendent lui réserver.

Au cours de cette émission, le Président répondra, d’une part, aux questions de Patrick Poivre d’Arvor (TF1), Jean-Luc Delarue (France 2), Marc-Olivier Fogiel (France 3) et Emmanuel Chain (M6) sur les enjeux du traité constitutionnel et en débattra, d’autre part, avec un panel de 80 « jeunes » citoyens sélectionnés selon la méthode des quotas par l’institut TNS-Sofres. Parmi l’impressionnante masse de critiques qui s’est abattue sur ce format dont personne ne pourra nier qu’il est plutôt novateur, du moins dans le champ de la vie politique française, deux catégories peuvent être dégagées:

  • Selon une première catégorie de critiques, ce format est une caricature de l’émission politique en ce qu’il confondrait information et divertissement et qu’il permetrait au Président de la République d’avoir à répondre aux questions de journalistes ou présentateurs qui ne seraient pas des « experts » de la vie publique;
  • La seconde catégorie de critiques s’attache plus particulièrement au déséquilibre que la tribune médiatique ainsi offerte au « oui » dont Jacques Chirac est partisan entraîne dans la campagne référendaire dans la mesure où le « camp du non » ne sera pas représenté par un de ses porte-parole autorisés.
Cette distinction appelle deux brèves observations:
  • Il est difficile de juger par avance de la qualité et de l’efficacité du format que TF1 nous propose et de la capacité des intervenants à clarifier le débat. Dans la mesure où le débat public ne doit pas être réservé à une corporation d’initiés – vieil héritage aristocratique et jacobin – tâchons de n’en juger par avance les mérites et les défauts qu’avec prudence ou, mieux encore, de juger sur pièces, au soir du 14 avril;
  • Quand bien même le camp du non aurait pu proposer un représentant patenté, ce qui paraît difficile compte tenu de l’abîme qui sépare le non de gauche du non de droite, le schéma de l’emission ne fait que suivre la logique institutionnelle de la Ve République selon laquelle le Président de la République a une place à part sur la scène politique, ne consentant généralement à participer aux débats partisans qu’à l’occasion d’une élection présidentielle à laquelle son mandat est remis en jeu.
L’on est en droit de désapprouver cette logique, de refuser que le Président de la République se réfugie derrière la « charge de l’essentiel » léguée par Charles de Gaulle, mais il s’agit là d’un autre débat … que l’on ne doit pas s’interdire d’avoir, bien au contraire, mais qu’il convient de poser en des termes clairs et explicites: quel régime institutionnel pour la France?

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