iA


Lettre à M. Bruno Frappat

by Anthony Hamelle. Temps de lecture : about 2 minutes.

Cet article reproduit le texte d’un courriel adressé à M. Bruno Frappat, éditorialiste au quotidien La Croix, en réaction à son éditorial daté du 14 octobre 2004 relatif à la vindicte qui s’est abattue sur M. Rocco Buttiglione, commissaire européen désigné à la liberté, la sécurité et la justice.

« M. Frappat,

Je dois vous dire, avant toute chose, le profond respect que m’inspirent vos éditoriaux. Peu porté vers le catholicisme, laïque par héritage national et déiste par choix, je ne puis que m’incliner face à l’humanisme, à l’équité et à la magnanimité que votre plume sert avec le plus grand talent. Vos mots, et votre journal, m’ont amené à porter un regard rénové sur la religion et sur ses bienfaits. Je n’en demeure pas moins sceptique quant au fait religieux de manière générale, m’interrogeant toujours sur l’émancipation des individus de toute contrainte externe sinon celle de l’humanité qui habite chacun d’entre nous.

Si je me décide à vous écrire aujourd’hui c’est en réaction à votre éditorial de ce jour sur « Le pêché Buttiglione ». Quand bien même les propos du leader démocrate-chrétien italien eurent été sortis de leur contexte, ils n’en témoignent pas moins d’une conception de la société qui n’est pas en phase avec la modernité actuelle et la tolérance dont il réclame pourtant le bénéfice. Il ne s’agit pas ainsi de rejeter ces propos et leur auteur, comme s’il en venait, dans l’un des cercles supérieurs de l’enfer chers à Dante, mais bien de lui signifier que notre société ne souhaite pas qu’un homme enclin à voir en l’homosexualité un pêché préside à notre espace de liberté, de sécurité et de justice. Non pas que M. Buttiglione soit assimilé aux membres de la Ligue du Nord d’Umberto Bossi ou de l’Alliance Nationale de Gianfranco Fini, loin s’en faut, mais ses vues de l’esprit ne sont pas celles que les représentants du peuple européen souhaitent voir imprimées sur les libertés civiles. La sagesse de philosophe dont il a fait preuve lors de son audition, en distinguant sa conception morale de sa ligne politique, ne constitue qu’un rempart fragile face aux assauts de ceux qui auront vite à coeur d’attaquer les moindres initiatives de ce commissaire et de l’Union européenne à une époque où toutes les énergies devraient se mobiliser pour la défendre.

Respectueusement »

PS: M. Jose Manuel Durao Barroso a annoncé, ce matin, qu’il renonçait à présenter son équipe au vote du Parlement européen. On peut s’attendre à un profond remaniement avant qu’une nouvelle tentative ne soit entreprise…

Addendum: Une version tronquée de cette lettre a été publiée dans l’édition du 2 novembre de La Croix, rubrique « Courrier des lecteurs ».

Pas de commentaires sur ‘Lettre à M. Bruno Frappat’

Commenter