La démocratie, et plus encore
by Anthony Hamelle. Temps de lecture : almost 4 minutes.
Ce fondement démocratique est ainsi interprété aujourd’hui qu’on ne saurait réduire la portée de l’une de ces libertés qu’au nom de la sauvegarde d’une autre de rang plus élevé, si tant est que l’on consente à en effectuer un classement. Cette vision du socle commun à tous les États se réclamant de la démocratie souffre cependant de ce qu’elle ne prend pas suffisamment en compte le contexte dans lequel la démocratie doit prospérer.
C’est face à ces canons démocratiques que la démarche laïque de la France prête le flanc à la critique. De nombreuses voix tentent de nous mettre face à nos contradictions : comment le pays qui se prétend héritier des Lumières peut-il souhaiter limiter la liberté religieuse de ses citoyens, au nom de quel principe ? C’est que la laïcité est un concept peu répandu au-delà de nos frontières. Tout au plus rencontrera-t-on celui de sécularité qui tend simplement à séparer le spirituel du temporel, à faire en sorte que les affaires divines ne s’immiscent pas dans la conduite des affaires gouvernementales, en échange de quoi le fait religieux reste libre de prospérer sans entrave aucune dans les sphères privées.
Si l’on admet néanmoins que la démocratie ne saurait se suffire à elle-même, qu’elle requiert plus que les libertés qui la caractérisent pour prospérer, il devient alors nécessaire de s’intéresser à l’usage que l’on en fait. La liberté religieuse ne saurait échapper à cette règle et doit être appréciée à l’aune de ce qu’elle apporte à l’individu mais aussi à la société. Dans cette acception, la laïcité impose alors de pousser plus loin la réflexion sur le phénomène religieux, elle nous pousse à remettre sans cesse en question la place qu’occupent les religions dans notre société. Alors que la sécularité renvoie la religion loin des débats publics, la laïcité nous conduit à l’y mettre en leur centre. Dans un pays laïque comme la France il est par conséquent légitime que l’on se pose la question de la place de la religion, de la croix, de la kippa, du turban ou du foulard islamique à l’école.
Dans une République, la démocratie ne devant pas n’être qu’une fin mais un moyen, ce n’est pas la simple reconnaissance de libertés à l’individu qui est notre but, mais bien l’émancipation de celui-ci afin que, conscient de ses droits, il puisse remplir ses devoirs à l’égard de l’humanité tout entière. C’est le citoyen qui doit être notre but et l’homme intellectuellement libre notre modèle.
Si l’on en vient à convenir que l’école doit rester un espace de liberté où les futurs citoyens peuvent se construire à l’abri des influences religieuses, que l’on doit offrir aux enfants une prise de recul nécessaire leur permettant de comprendre le monde qui les entoure, que les femmes et filles doivent pouvoir, au moins en ce lieu où leur libre pensée se construit, réaliser qu’il n’est nul besoin de voiles pour obtenir le respect des hommes car elles en sont les égales, alors nous devrons braver les critiques et les incompréhensions démocratiques, pétris que nous sommes de l’idée que la République c’est la démocratie et bien plus encore.
Une fois admis que la laïcité conduit à un certain rigorisme, du moins à l’école, il ne faut pas pêcher par excès inverse mais tout au contraire s’astreindre à fixer les limites dans lesquelles cette démarche doit s’inscrire. Je suis par exemple marri d’apprendre que certaines dérives liberticides se fondent sur le principe de laïcité. Ainsi d’une femme voilée dans un bus à qui l’on a reproché de l’être au motif que la loi ne le permettait plus ou d’un homme apparemment licencié d’une piscine municipale pour n’avoir pas taillé sa barbe. S’il est légitime d’imposer certains comportements aux enfants, ceux-ci n’étant pas présumés maîtres de leurs choix, il ne saurait être admis que la laïcité interdise l’exercice religieux et l’affichage de ses croyances dans l’espace public, qu’elle impose aux individus leurs tenues vestimentaires, leurs croyances, qu’elle leur ôte, en définitive, leur liberté de conscience.

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